Traité ultracourt sur la poignée de main

Depuis que l’être humain a eu le bon goût de se laisser pousser les bras, une étrange coutume a vu le jour : la poignée de main. Nombre de paluches ont été secouées et ballottées et, malgré les recommandations qui coulent dans nos oreilles depuis ce fameux jour où, la veille du point d’ancrage de nos carrières professionnelles où l’on rencontre celui qui deviendra notre premier patron, papa nous a astucieusement paré de ce conseil indiscutable : « attention à ta poignée de main… »

Munie de cette information toute exhaustive, il a été de bon ton que, mon bras droit et moi, nous nous réunîmes pour un colloque extraordinaire sur la poignée de main.

Qu’est-ce qu’une bonne poignée de main ?

La force.
Le destinataire de notre menotte agitée ne doit ni ressentir un ego surdimensionné concentré dans cinq doigts broyeurs, ni percevoir la mollesse apathique d’une main amorphe et atone.

Le sens.
Selon que nous exhibons nos pognes vers le haut ou vers le bas, nous communiquons de diamétrales oppositions. Une paume dévoilée signe la non-agression et la douceur, une paume regardant  le sol signe l’autorité et la détermination. Le degré d’horizontalité de la paume mesure le niveau d’intention. La douceur peut devenir la soumission et l’autorité peut devenir la domination.

La pliure.
Ne négligeons en aucune mesure la pliure de nos mains. Trop tendue et hérissée, elle dévoilera une rigidité mal à propos, et trop équerre, elle symbolisera la fuite ou le manque d’idées.

La température.
Lors d’une empoignade, il est plus que fondamental de vérifier le climat de nos porteuses de phalanges. Un frôlement frisquet déshumanise et contrarie toute discussion. Un effleurement surabondamment chaud trahit notre stress. La torpeur douce d’une paluche sèche et tiède rassure et apaise le bienheureux qui souffre trop souvent la pression moite et tendue d’une patoune hasardeuse.

Le reste.
Pour ne pas que tous ces efforts dantesques ne soient délétères, il ne faut pas omettre le reste !
Pensons à ne pas coller l’empoigné et ne pas le distancer de trop, sans quoi il se sentira démesurément aimé ou fuit.
Pensons à observer un mouvement vertical de va et vient pour ne pas se retrouver dans la délicate position d’une poignée statique.
Pensons à saisir convenablement la main de l’autre pour ne pas se retrouver muni du bout d’un annulaire et d’un morceau de majeur.
Pensons à serrer la main avec notre si expressif regard et notre jouxte verbale bien sentie.

Source : http://pamphletsduneconnasse.blogspot.com/