Valeurs RH : conscience ou bonne conscience de l'entreprise ?

Frederic_FougeratAfficher des valeurs, notamment RH, est devenu un exercice incontournable pour un grand nombre d’entreprises, comme pour se fondre dans un moule où chacune d’elles devrait participer au concert des entreprises responsables. Mais quelle est l’intention d’une telle démarche ? S’agit-il d’afficher sa conscience ou sa bonne conscience ?
Selon Jean-François Claude et Thierry Welhoff, auteurs du dictionnaire des valeurs d’entreprise : « Dans le nécessaire pragmatisme qui caractérise le monde de l’entreprise, la question des valeurs renvoie au bénéfice que peut escompter une organisation, petite ou grande, qui s’engage résolument dans une démarche valeurs. »

Toute la difficulté est de déterminer la sincérité de la démarche dont on cherche à tirer bénéfice. S’agit-il de revendiquer une culture d’entreprise existante, de promouvoir la volonté politique d’une direction résolument engagée et déterminée à faire évoluer les comportements et les pratiques, ou est-il seulement question de surfer sur une mode, en cherchant à valoriser une organisation publique ou privée, dont les valeurs affichées auraient pour unique finalité : une communication faciale facile ?

L’affirmation de valeurs n’est pas un label, mais une déclaration politique

Qu’il s’agisse de donner du sens, de structurer la communication ou de construire la réputation interne ou externe de l’entreprise, l’affirmation de valeurs ne constitue pas un label, mais une déclaration politique.

Nous aurions à notre disposition 8 familles de valeurs, dont 4 regroupent des valeurs RH : les valeurs relationnelles, d’épanouissement, sociales et morales.

Les valeurs sociétales sont en progression

Alors que ce sont les valeurs sociétales qui sont en progression permanente : développement durable, environnement, partage, responsabilité sociale et santé, ce sont les valeurs relationnelles qui sont plébiscitées par les entreprises françaises, comme le respect, la proximité et la confiance. La tendance est différente à l’extérieur de l’hexagone.

A l’international, les entreprises s’orientent prioritairement sur la qualité, l’innovation ou la satisfaction client, alors que les entreprises françaises sont résolument tournées vers l’humain.

Pour ce qui concerne les valeurs morales, si l’éthique se retrouve en 4e et 5e positions au classement France et International du dictionnaire des valeurs d’entreprise, l’intégrité arrive bien plus tard (18e et 17e places), quant à la loyauté on ne la retrouve qu’aux 44e et 45e rangs.

Les valeurs d’épanouissement ne sont pas celles qui sont retenues pour caractériser les entreprises, sa réputation ou sa marque employeur. La beauté, le développement personnel, l’humanisme, le plaisir, la sensibilité et le talent n’occupent jamais des places significatives.

Les valeurs sociales occupent souvent une position élevée

A l’inverse les valeurs sociales comme l’égalité, l’équité, l’intégration, la participation ou le pluralisme qui vont favoriser le lien social occupent souvent une position élevée. Elles valorisent l’image de l’entreprise en interne et sont des leviers utiles pour améliorer la production.

Une fois encore, veillons à la nuance qui peut exister entre les intentions et la réalité. Il ne suffit pas d’affirmer et de communiquer pour avérer des positions qui peuvent rapidement être remises en cause au moindre incident, et de plus en plus facilement et rapidement dénoncées avec le support des médias sociaux.

Si les valeurs peuvent contribuer pleinement à la bonne image interne et externe d’une entreprise, et donc globalement à sa réputation, elles ne se suffisent pas à elles mêmes et ne constituent pas en soi une vérité ou un fait incontestable. Vides de réalité ou de sincérité, au lieu de guider les collaborateurs dans leur action et donner du sens à leur travail, elles pourraient même finir par nuire à l’entreprise en la plaçant face à des contradictions, voire à des mensonges. N’oublions donc jamais qu’afficher des valeurs, notamment RH, est une responsabilité avant d’être de la communication ; c’est afficher une conscience et non une bonne conscience.

Frédéric Fougerat

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Photo de Frédéric Fougerat par Patrick Gaillardin/Picturetank

Vous pouvez retrouver la tribune de Frédéric Fougerat sur Le Cercle des Echos : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/management/rh/221141844/valeurs-rh-conscience-bonne-conscience-entreprise