DISCOURS DE FRÉDÉRIC FOUGERAT À LUBUMBASHI
L’ABC de la communication politique : comprendre, maîtriser et influencer
Discours de Frédéric Fougerat, président de Tenkan Paris, prononcé à l’occasion du Marathon de la presse 2025 à Lubumbashi / Haut-Katanga, République Démocratique du Congo.
La communication politique n’est ni un supplément d’âme, ni une coquetterie médiatique.
Elle est l’un des piliers de l’action politique.
Mal comprise, elle est caricaturée en « spin », réduite à des artifices de storytelling ou assimilée à une machine de manipulation.
Et en réalité, c’est souvent le cas.
Bien utilisée, la communication politique devient un levier démocratique majeur :
- faire comprendre une vision,
- maîtriser un message,
- influencer des débats.
La communication politique n’existe pas pour « embellir » la réalité, mais pour l’expliquer, la rendre lisible.
Elle traduit un projet complexe en messages compréhensibles par le plus grand nombre.
C’est sa fonction démocratique essentielle : permettre à chaque citoyen d’accéder à l’information, de se forger une opinion et, in fine, de voter en conscience.
La communication politique ne doit donc jamais être élitiste.
Pour être accessible par le plus grand nombre, il faut préférer un discours simple, mais pas simpliste.
Un discours populaire, mais pas populiste.
C’est autant une question d’intelligence, d’honnêteté et d’éthique.
Maîtriser sa communication est un impératif stratégique.
C’est vrai pour toute organisation publique ou privée.
C’est particulièrement vrai pour un homme ou une femme politique !
Un responsable politique qui ne maîtrise pas sa communication va donc subir celle des autres : opposants, médias, réseaux sociaux.
Or, en politique, laisser l’autre définir vos intentions, votre discours, votre image, revient à lui offrir une victoire avant même l’échéance électorale.
La communication politique est donc une discipline exigeante :
- Il faut être capable de construire un récit cohérent,
- Il faut savoir choisir ses batailles médiatiques,
- Il faut travailler et calibrer ses interventions.
La communication politique exige méthode, discipline et constance.
Je dis toujours que communiquer c’est créer de la relation, et produire de l’intelligence. C’est bien ce qui est attendu du communicateur en politique !
Communiquer, c’est aussi influencer.
Pas au sens manipulateur du terme, mais en orientant l’opinion vers une vision, en fédérant autour d’un projet.
L’influence légitime repose sur trois piliers :
- La clarté du message,
- La répétition dans le temps
- et la crédibilité de celui ou de celle qui le porte, de celui ou de celle qui l’incarne.
C’est aussi ce qui distingue le leadership d’une simple prise de parole.
Quand on parle de communication politique, il faut également parler de communication publique.
Il est urgent de ne pas confondre les deux.
La communication publique informe. Elle rend des comptes sur l’action d’une institution. Elle devrait être neutre. Et elle se doit d’être continue, et elle aussi, très accessible, et inscrite dans le temps long.
La communication politique, elle, est au service d’un acteur, d’un parti, d’une campagne... Elle défend une vision. Elle mobilise et cherche l’adhésion, pour obtenir un soutien politique et un succès électoral.
Les amalgames entre les deux nourrissent souvent la défiance citoyenne.
Quand la communication publique se politise, elle en perd sa légitimité.
À l’inverse, quand la communication politique se pare des habits de la neutralité, elle trompe.
La frontière doit être claire, assumée, et respectée.
La communication politique a souvent mauvaise presse, car elle flirte avec la persuasion.
Mais la persuasion n’est pas nécessairement la manipulation.
Le risque survient quand l’éthique s’efface. Quand la fin justifie les moyens : fake news, campagnes de désinformation, micro-ciblage opaque...
Ces dérives ne renforcent pas un camp, elles affaiblissent la démocratie.
L’exigence d’éthique devrait être au cœur de la pratique, sous peine de perdre la confiance, qui est la seule monnaie durable de la politique.
Et si on vole la confiance, par manque d’éthique, c’est la défiance et le désaveu assurés.
La communication est un métier
Les compétences ne tombent pas du ciel.
Il faut avoir étudié, pratiqué pour commencer à maîtriser le sujet.
Il faut de l’expérience pour acquérir de l’expertise… comme dans tous les métiers.
Et surtout, et notamment en communication, il ne faut pas confondre avoir un avis et avoir une compétence.
Même l’intuition du communicateur n’est pas une révélation divine.
C’est le résultat d’une activité intense du cerveau, qui analysant toutes les données disponibles du communicateur liées à sa pratique, l’oriente dans une direction plutôt que dans une autre.
La communication ne s’improvise pas.
La communication politique ne s’improvise pas non plus.
Elle exige même des compétences distinctes :
• Savoir analyser les rapports de force médiatiques et sociaux.
• Maîtriser les codes et les règles des campagnes électorales.
• Savoir gérer la crise et l’imprévu permanent.
• Construire un récit capable de durer au-delà d’un slogan.
• Comprendre la psychologie des foules, comme les logiques des réseaux sociaux.
Il faut aussi ne jamais oublier que le charisme et l’appétence pour la prise de parole, ne font pas de l’homme politique un bon communicant. Mais seulement un beau parleur.
Derrière, il faut travailler. Travailler le message. Travailler l’argumentation.
La communication politique est une discipline complète, à la croisée de la stratégie, du journalisme, du marketing et de la sociologie.
Quand je parlais d’expérience, elle est essentielle, car elle est riche en enseignements.
Elle permet de savoir qu’un homme ou une femme politique ne fait jamais rêver avec un bilan. Il crée du désir avec une ambition. Mais l’ambition ne doit pas se transformer en promesse impossible à tenir, et qui au final n’engage que ceux qui y ont cru.
Ce doit être un contrat de confiance.
L’expérience permet de savoir que l’authenticité rime souvent avec crédibilité.
En communication politique, l’humilité n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve d’authenticité, qui parfois force le respect.
Mais attention ! L’humilité ce n’est pas le manque de prétention. Celui ou celle qui se porte candidat à une fonction doit se comporter comme s’il occupait déjà la fonction.
Il ne doit pas se comporter comme s’il demandait l’autorisation d’occuper la fonction.
S’il ne permet pas à l’électeur de le projeter dans ses fonctions futures, il inspirera le doute sur ses capacités.
L’expérience apprend aussi que la communication politique n’est pas faite pour annoncer un évènement. Elle est en soi l’évènement !
Il faut être capable de créer l’évènement !
Enfin, ne jamais oublier que la communication est très souvent une question de perception… et donc d’émotion.
En communication, l’émotion engramme la mémoire.
Miser sur l’émotion, c’est augmenter les chances de laisser une empreinte dans les esprits.
Parce que le cerveau est particulièrement sensible aux émotions qui marquent durablement la mémoire.
Les manipulateurs l’ont bien compris.
Appeler à l’émotion plutôt qu’à la raison est leur unique technique de séduction. Après avoir usé de la flatterie pour obtenir votre confiance, et utilisé la vraisemblance, préférée aux faits, pour faire paraître une chose crédible sans qu’elle soit démontrable.
Le défi du communicateur est donc de connaître ses techniques, non pas pour les utiliser, mais pour savoir les identifier, lutter contre, et s’armer pour chercher à produire le même impact sur l’opinion, sans la manipuler.
L’ABC de la communication politique, c’est beaucoup travailler.
C’est comprendre pour être compris.
C’est maîtriser pour exister, …influencer pour peser.
C’est peut-être même aimer les autres, pour être aimé soi-même.
Mais à une condition : ne jamais céder à la tentation du mensonge.
Ne jamais trahir.
Les circonstances peuvent imposer au politique, de changer de stratégie, de ne pas mener à bien sa mission comme il s’y était engagé, de changer de chemin ou de calendrier pour arriver à destination.
Mais il doit le dire. Il doit l’expliquer.
Il doit être transparent pour fédérer et retrouver l’adhésion.
Parce qu’en politique, tout se sait, tout finit par se voir, et ce qui s’effondre le plus vite, c’est la confiance.