Lutte contre les discriminations : l’entreprise assume ce que le politique abandonne

Pain au chocolat symbole d islamophonie primaire suite au discours de Draguignan de Jean-Francois Cope

Quand le civisme était enseigné à l’école, il représentait une référence solide, une fierté de l’état régalien. Aujourd’hui, certains élus, au mépris des valeurs républicaines qu’ils sont supposés représenter, scandent en toute impunité des propos sexistes, racistes, homophobes, antisémites, islamophobes… Ne resterait-il plus que l’entreprise pour assurer le respect de l’autre et contenir ces excès ?

Rien n’est parfait ou idéal dans le monde de l’entreprise. Il est nécessaire de partir de ce préalable, pour ne pas mal interpréter mes propos. Toutefois, même si les marges de progrès demeurent importantes, bien qu’inégales en fonction des entreprises, de leur taille, de leur activité, de leur notoriété…, il n’en reste pas moins notable que nombre de dérives sociétales actuelles restent inimaginables dans l’entreprise. Le monde professionnel semble aujourd’hui manifestement plus mature et respectueux de l’humain qu’une partie de la classe politique qui abandonne son éthique par recherche d’un gain électoral supposé, jusqu’à parfois trouver un infect plaisir à médiatiser le rejet de l’autre.

On ne s’abandonne ni à l’injure, ni à l’insulte

Depuis l’affaire du "pain au chocolat"*, désormais symbole d’islamophobie primaire, les excès de langage et de comportement des politiques se multiplient et se succèdent. Ils attisent les haines et encouragent les esprits faibles à afficher leur bêtise ordinaire, permettant de libérer les expressions les plus abominables sans jamais se sentir responsables d’un climat qu’ils génèrent.

Dans le même temps, quand certains politiques jouent avec le pacte républicain, les entreprises, elles, avancent, font face à une compétition internationale féroce, se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder les emplois qu’elles créent et pour développer les richesses qu’elles produisent.

En interne, dans les entreprises, la compétition est tout aussi présente, dure, inépuisable et épuisante. Pourtant, malgré un contexte économique complexe et compliqué, on ne s’abandonne ni à l’injure, ni à l’insulte. Rien n’autorise un écart de langage ou des attaques personnelles. Il n’y a pas de place dans le discours d’entreprise pour les "PD au bucher" ou une "banane pour la guenon". La désapprobation serait collective, les sanctions immédiates, et les conséquences à la hauteur de la gravité de tels propos.

Considérer la différence comme une richesse

Encore une fois, les marges de progrès dans l’entreprise restent nombreuses. Si le sexisme n’est pas toléré dans les faits, il peut quand même se manifester dans les promotions. Si le racisme est évidemment inacceptable dans les comportements, il peut toujours s’avérer dans les recrutements. Si l’égalité de certains droits reste un combat de société à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, jamais l’entreprise, elle, ne prônera la discrimination ou le maintien d’une inégalité flagrante. Même si certaines évolutions restent trop lentes, on ne note ni reniement ni régression.

L’évolution des mœurs et des mentalités, et le développement durable de la responsabilité sociétale d’entreprise a ancré dans les mentalités, dans l’organisation et dans la vie professionnelle en général, de nouvelles façons de se comporter, de travailler ensemble, de considérer la différence comme une richesse et comme une valeur individuelle portée par chacune et chacun.

C’est peut-être aussi, en partie, ce qui permet aux entreprises françaises de s’ouvrir de plus en plus à l’international. Là où les plus grosses étaient depuis longtemps au rendez-vous de la compétitivité mondiale, les plus modestes, jusqu’aux start-ups, découvrent de nouveaux territoires d’activités, où la compétence et la richesse des différences l’emportent sur les petites querelles de clocher, la médiocrité des microprérogatives communautaires et les protections locales...

L’entreprise, nouvelle référence

Quand certains donnent le sentiment que la France pourrait reculer sur la devise de la République, les entreprises, elles, investissent le terrain de l’égalité. Paradoxalement peut-être, elles incarnent de plus en plus l’esprit républicain. Devenues protectrices de valeurs fondamentales, dotées de politiques RH ambitieuses, les entreprises jouent un rôle social de plus en plus fort, intégrant à tout va la diversité, le handicap, les jeunes, les seniors... formant et développant les collaborateurs, assumant aussi de plus en plus au quotidien les défaillances des politiques, pour devenir un jour une référence, ce que l’État ne sera plus.

Frédéric Fougerat (@fredfougerat)

 

Vous pouvez retrouver toutes les tribunes de Frédéric Fougerat sur le site des Echos : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/management/rh/221186506/lutte-contre-discriminations-entreprise-assume-politique

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- Discours de Jean-François Copé à Draguignan 5/10/2012 (Extrait Pain au chocolat) : http://www.youtube.com/watch?v=VmzoPK94ko8

Discours de Jean-François Copé à Draguignan 5/10/2012 (complet) http://www.youtube.com/watch?v=bZ7jLv-PCQk